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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 22:45
La pointe Marlet ( FRIOUL )

La pointe Marlet ( FRIOUL )

Le vent léger passe dans mes cheveux en cette nuit d'été. Il ne fait pas très chaud malgré une saison agréable et dans un grande respiration de bien être je remonte le col de ma polaire tout en le plaquant contre mes joues. Ce soir je suis au bout du Frioul confortablement assis sur un pic rocheux face au cap Cavaux. Je regarder la mer très calme qui scintille sous la lune pleine que je m'amuse à masquer avec la fumée de ma cigarette. Je suis venu pêcher mais je n'ai pourtant pas envie que les touches arrivent trop vite. Tout est si calme, je suis si seul au monde, personne ne peut venir troubler mes profondes pensées pas même la sonnerie du téléphone car je l'ai oublié à la maison. Voilà un contraste saisissant au vu de toute l'agitation qui règne à quelques kilomètres derrière moi, d'ailleurs à cet instant je me demande pour lequel de ces deux mondes je suis fait, du moins, je n'échangerai pas ma place.

Je connait si bien ce coin et tout ce qui traîne sous les eaux qu'il me suffirait de descendre un peu plus bas et d'aller gratter les roches au toc avec mes merveilleuses petites crevettes. Je pourrai remplir un bac plein de sparidés sans que cela ne soit un exploit mais qu'en ferais-je en réalité ? Non, il n'est pas dans ma nature de faire des scores pour le fun ou pour mon image sur la toile c'est plutôt l'inverse que je chéri depuis toujours.

J'attache une importance capitale à la vie. Je ne sait pas si ma philosophie est applicable dans la vie de tout les jours à cause d'un long passé de cuisto, mais dans ma vision il m'est impossible de pêcher pour autre chose que mon plaisir. Les poissons que je capture ne participent pas à ma survie alimentaire, ils ne sont pas non plus inscrit au registre de mes revenus d'appoint. Je pêche tout simplement pour trouver l'absolu, toucher le sublime à travers un merveilleux poisson.

Mais mon attente ne va pas durer bien longtemps car l'écureuil qui est devant moi va claquer avec une rage folle contre la canne. Si ça ce n'est pas un beau sar je ne m'y connait pas ! Rapidement je prends contact avec le poisson tout feu éteint. Je suis en équilibre entre deux roches en hauteur, le scion doit être bien tendu pour sentir la prochaine attaque sur mon appât. Je suis dans le noir mais la lune bien pleine me fourni toute la lumière nécessaire pour me déplacer en toute sécurité. Cette touche m'a fait revenir dans la réalité comme quand on rembobine un film à l'envers. Là je ne suis plus si sûr d'être aussi protecteur avec ces poissons car l'adrénaline qui a soudainement envahi mes veines trouble au plus haut point toute la générosité que je met à leur crédit. Pour ne pas m'éparpiller je baisse lentement la tête et je ferme les yeux car cela me permet de me concentrer uniquement sur le scion de la canne, ainsi je peut percevoir la moindre tirette ou tout autre changement de tension dans le fil. Parfois la touche est si fine qu'il est impossible de la voir. Une fois de plus la petite attente ne va pas durer, le fil se détend et il est l'heure pour moi de ferrer. En principe à ce stade le poisson a avalé l'appât et il essaye une fuite tout en douceur un peu dans toutes les directions pour se libérer. Pourtant ce poisson aura encore une chance supplémentaire de conserver sa vie car pour être équitable avec mes prises je pêche fin. J'ai suivi les conseils avisés de Stef qui découvre les joies les diamètres de fils interdits en mer surtout en roche. C'est ainsi qu'avant de partir pour MARSEILLE j'ai embobiné mes moulinets avec du 20 centièmes pour raccorder le tout avec du 35 fluorocarbone. Le bas de ligne choisi sera assez court mais son diamètre ne dépassera pas 16 centièmes.

Des crevettes surgelées qui ratissent large.

Des crevettes surgelées qui ratissent large.

Au ferrage le poisson n'a pas l'air d'avoir beaucoup de ressources à me proposer. Il ne rushe pas des masses et se laisse volontier tirer jusqu'à la surface. Pour ne pas "griller" le coin il n'est pas du tout conseillé d'allumer les lumières quand il fait noir, donc il faut jouer fin dans le ressenti. Pas la peine d'aller loin dans mes ressources pour ce coup-ci car une fois de plus ce soir je vais mettre au sec un joli petit sar qui ne cassera pas mon fil. Bon pour le coup je suis toujours en attente de mon premier beau poisson et au plus la nuit avance et moins de chance je vais avoir de croiser une daurade de belle taille. J'ai remarqué que ce scénario se déroulait souvent ainsi et à moins que les choses veuillent bien changer ce soir j'ai plutôt intérêt de me bouger les fesses pour trouver mon bonheur.

Pour ce faire je vais mitrailler le coin avec un peu tout les appâts qui sont mis à ma disposition et dont je maîtrise les montages. A droite il y aura un morceau ver de Rimni, au milieu une crevette, à gauche un bibi à moitié retourné, le tout.. surgelé. Normalement avec ces trois appâts je pense pouvoir être dans la course pour voir ce qu'il y a dans l'eau. D'autant plus que je soigne l'eschage à l'extrême de façon qu'ils retrouvent une forme naturelle, normalement ça plait beaucoup aux poissons.

Les heures passent sans grands bouleversements, un sar par ici, un autre par là, je ne m'ennuie pas mais je pense qu'il faudra repasser pour les gros poissons. De toute façon d'ici quelques heures le jour va se lever, les bateaux par dizaines vont passer au raz des roches, les pros vont mettre les filets et la boucle va se boucler. Moi je vais être obligé de partir par ce que d'un coup il y aura plus de monde à proximité de ce cap que sur la Canebière, c'est la saison estivale, faut se faire une raison. Ce que je craint le plus c'est les filets des pros, ils ne laissent pas beaucoup de chance à ma pêche et ce Cap est une cible favorite des mailles à cause de la présence épisodique des daurades. Et comme promis avec le jour qui se lève, filets, bateaux, plongeurs, musique, m'obligent à rentrer à la maison. Mais sur le chemin je vais m'amuser à voir si il reste des coins de libres.

La reprise de la pêche.
La reprise de la pêche.

Du plus profonds de mes souvenirs je n'ai jamais connu une telle situation. Bien sûr là je vous parle de pêcher en mer et de choses qui est au delà du raisonnable. Pour ma part j'ai constaté que tous les coins de mer qui sont plus ou moins éloignés ont la visite quotidienne des filets de pêcheurs. Ceci dès les premières lueurs matinales, l'armée de bateaux qui attendent appuyés contre le quai vont une fois de plus déployer des kilomètres de filets le long des roches. Il n'y a pas un seul kilomètre de libre, tout est méticuleusement raclé barrant le passage aux poissons qui se feront piéger aujourd'hui ou peut être demain. La moindre parcelle est soigneusement prospectée afin de ne rien laisser à la vie sous marine. La pêche est la plus ancienne pratique du monde nourrissant et assurant jadis la vie de l'homme, de nos jours, cette même pratique n'est plus vouée qu'à entretenir une bande de pilleurs de fonds.

Notre Marco en a fait les frais il y a quelques semaine. Bien décidé à écumer les recoins des calanques il s'est buté contre les résilles sous marines meurtrières. "C'est toujours ainsi" lui dis-je d'un ton désabusé, les postes productifs sont peu à peu envahis. Mais sa jeunesse n'écoutant que son immense courage n'est pas là pour se rendre alors, il faut réagir !

C'est ainsi que sa longue marche à travers les chemins rocailleux débutent au pas cadencé. Mais de criques en criques la fatigue s'installe car il n'est aisé de parcourir successivement Callelongue, Mogiou, Sormiou avec tout le barda sur le dos. Sa déception est immense en découvrant que tout est déjà occupé. Mais ce qui est plus surprenant c'est de constater l'extrême proximité de ces filets. En effet, tout n'est pas ouvert à la pêche du bord contrairement à une embarcation. Dès lors que qu'un coin est pris le chemin du retour est souvent une sorte d'épreuve cérébrale pour trouver rapidement un plan B.

Notre crainte est toujours à peu près la même dès lors que l'on a jeté son dévolu pour un abri. Il n'est pas rare qu'à peine tout l'armada a été monté qu'il faille tout remballer dans la foulée à cause d'un bateau saupoudreur de mailles. Inutile d'insister ou de crier sa colère les choses sont normales aujourd'hui. Par là, je félicite les autorités qui ont pris conscience de la gravité de la sur-pêche et de la disparition programmée de certaines espèces.

Le poisson a toujours eu une belle valeur commerciale sur les étals des poissonniers. Certains poissons caracolent en tête au hit parade des prix comme la daurade, le loup, le rouget, le thon et les petits poissons de roches. La liste est longue au tableau des condamnés à mort mais, dans l'obscurité, le denti, le pagre sont depuis toujours des prises de choix pour l'amateur averti. Ils sont pourchassés toute l'année à grands coups de sondeurs jusqu'au moment où il n'y a plus assez de sujets pour que l'espèce soit viable.

il y a une quarantaine d'années j'était alors un très jeune homme. Ma tête était hantée par les poissons et les belles histoires de sorties de pêche qui berçaient mon sommeil. Grâce aux nombreuse parties de "pescaille" j'avais régulièrement le loisir de plonger pour observer la mystérieuse vie sous marine. Je me souvient de ces millions de poissons de roche qui étaient à l'affût de la moindre miette de nourriture. Des sars dorés ou communs par centaines venaient en curieux se frotter aux algues devant moi comme si c'était pour voir un humain de plus près. De temps en temps un loup passait furtivement pour s'éloigner à toute allure. Ce petit manège était une source d'émotions intenses qui a sûrement conditionné ma vie d'adulte d'ailleurs, ces images sont toujours là, quelque part...Mais il n'y avait pas que la pêche qui savait nous motiver, il y avait aussi l'immense satisfaction de rentrer à la maison le torse bien bombé et d'étaler sous les yeux de ma mère une belle ribambelle de poissons multicolores. Nous savions dès lors que les saveurs qui allaient monter dans les marmites avant l'heure du repas allait faire resurgir du néant de bien belles histoires. Je me souvient aussi du bruit massif de la marmite de soupe de poissons enfin là qui se pose en maître sur la table entre les bouteille de vin glacées et de pain grillés encore tiède. Après une belle série d'allés retours du grain d'ail qui s'abrase au contact du pain râpeux, une généreuse lichette de rouille safranée posée sur le coin de l'assiette tel un artiste qui composait son chef d'oeuvre, les délices de la soupe de poissons pouvaient enfin commencer... Personne ne pouvait mettre en doute les vieux dictons lâchés mainte fois à table dès lors que rien ne pouvait se dire autrement. En fait, c'était à table que les prochaines parties de pêche se fabriquaient. On était tous prêts à partir au bout des calanques pour trouver le coin magique qui n'existe peut être pas...

Notre motivation n'était que la pêche, la cuisine, un peu le matériel et surtout la vie des poissons, mais qu'en est t'il aujourd'hui ?

La reprise de la pêche.

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Construit et imaginé par RORO, GREG, MARCO, STEF, NONO - dans sport Poissons pêche au bord de l'eau. pêche
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pen 29/08/2016 11:42

très bel article et belle photo de fin en tout cas merci du partage.

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 29/08/2016 11:57

Ecrire c'est mon dada, je ne suis pas un artiste du verbe ni même un forcené de la grammaire, mais j'aime écrire. Si cela vous a plus je n'en demande pas plus. Une lecture, un gentil commentaire et moi une réponse... Merci mon cher ami...

alainpaddy 28/08/2016 15:35

Come back à la hauteur de l'auteur ! la plume toujours aussi mordante , acerbe , acérée , mais surtout réaliste !!
Content de te savoir en forme et toujours passionné ! Belles photos , constat réel de l'actualité halieutique , et très heureux que tu nous fasses de nouveau saliver !! Bises !

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 29/08/2016 11:53

Salut Pad ! Oui le petit retour des vacances m'a fait le plus grand bien. Malheureusement j'attends avec impatience le retour du mauvais temps qui va chasser les indésirables salisseurs, les moustiques et marquer le grand retour des calmars. A ce propos je fait la distribution des tes chefs d'oeuvres lumineux bientôt .
Bises mon Pad en espérant t'accueillir pour la der de l'année !

bernard 28/08/2016 11:21

Passage éclair à Marseille qui m'a donné l'occasion de lire tes deux derniers articles car dans ma cabane alpine où je passe les deux mois d'été je n'ai pas internet. Que dire pour ne pas toujours me répéter:belle prose ,belles réflexions sur notre devenir,belles photos (surtout la dernière qui devrait plaire aux dames).
Bises Roro et bons préparatifs pour l'Espagne,ça approche !!!! Bernard

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 29/08/2016 11:50

Salut Bernard, oui, la réflexion fait sûrement grandir l'homme mais...en discutant sur le chemin du retour avec quelques pêcheur qui rentraient eux aussi, j'ai pu remarquer que nous n'en somme pas tous au même plan. Pourtant la plupart son de très gentils garçons qui se donnent du mal pour pêcher. Mais les " avants" et les " après" sont une véritable catastrophe. Il faut que nous puissions fonder une sorte de club ou d'association qui aura pour but de fédérer les gens qui ont une âme ou une sorte de philosophie de la vie car là, je me sent très très seul en ce moment... On en reparle un peu plus tard mon cher ami, Bises....

zak 28/08/2016 10:35

Jolie article mon roro petite pêche mais une généreuse peche une peche respectueuse c pas le cas de quelque personne qui ramasse tous se que viens comme si le repas du soir tenait à ça des morfale après malheureusement les filets ya pas de solution sauf un groupe qui se met d'accord un petit bateau et des couteau bien aiguiser tu vois se que je veux dire. Moin de 300 mettre tu coupe

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 29/08/2016 11:45

Nous on se voit dans un mois au Delta de lèbre , tu vas prendre ta ration de vanne pour deux ans !!!!!!!
Bises mon Zak !

Alain 28/08/2016 00:15

toujour aussi cinglant ce roro mais ce que vous dite est juste et c'est ce qu'on pense. bravo a toute l'équipe

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 29/08/2016 11:44

C'est toujours un plaisir de partager nos aventures à nos lecteurs, nous aimons tellement ça que la plupart du temps ils deviennent des amis. Alors gare mon cher Alain, tu pourrai passer du côté obscur..........

  • : Daurades, Sars, Pageots, Loup, calmars, seiches. Surfcasting, calanques de Marseille. Cuisine. Respect de la nature.
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  • : C'est l'histoire d'une poignée de gars qui rôdent les sentiers des calanques de Marseille, avec son lot de réussite, de déception face aux filets de pêcheurs, de la saleté laissé sans vergogne. Ici on montre tout et on vous dit tout !
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  • Quand la nuit tombe nos esprits s'éveillent, qu'importe le temps  ou les saisons il n'y a pas de poissons à l'abri de nos cannes à pêche...  Aventures de pieds nickelés garanti...
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