Je cavale depuis dix minutes entre les roche de la digue du phare de Cassis à la recherche de beaux crabes,
ingrédient quasi indispensable pour traquer la dorade. Je transpire comme un démon, mes waders bien étanches y contribuent férocement. L'avantage de pêcher au crabe c'est qu'outre le prix il
est possible de relâcher les survivants en fin de nuit. Ordinairement il est fortement recommandé de pêcher au bibi car bien frais c'est l'appât idéal, costaud, imposant, juteux tous les
avantages dis-je...Mais ce soir je joue un peu l'économie donc c'est crabe.
Dans mon seau je sélectionne les beaux sujets et me positionne fil tendu dans la partie qui me semble plus propice et c'est immédiatement la touche....le crabe velu est complètement broyé malgré sa
taille. Je relance avec un de ses confrères qui va subir le même sort. Les lancés se succèdent, les crabes vont y passer à vitesse grand V...c'est l'angoisse je suis obligé de repartir à la
recherche de crabes frais.
A minuit je suis épuisé, j'ai passé une trentaine de crabes sans réussir à ne prendre aucun poisson, pourtant c'est bien des dorades qui mangent mais elles ne doivent être bien grosses et
" éclatent " crabe sur crabe, quand David arrive...
Pas le temps de lui raconter mes mésaventures qu'au premier lancé il en prends une pas vilaine du tout. Je change de technique pendant que mon ami mitraille les bordures, je cale ma canne histoire
de me reposer un peu le dos. A peine cinq minutes, je fume une clope l'air pensif au vu de l'heure car je bosse dans cinq heures, je vois une petite touche fine, le scion titille, un sar
qui se régale ? Je ferre sans ménagement et me trouve en ligne avec un poisson qui à manifestement avalé ce gros crabe de roche que j'ai spécialement sélectionné. A vrai dire au début j'ai
pensé a une blanquette mais au fur et à mesure de l'approche de la berge la pression du poisson s'intensifie jusqu'à devenir incontrôlable, je sent bien que seul je ne vais pas m'en sortir... David
rentre carrément dans l'eau jusqu'à la taille salabre à la main (malgré ses waders je ne lui en demande pas autant) et me guide car mis à part le fort clapot du poisson en surface de temps en temps
je ne voit pas. Tantôt il est à droite, tantôt il est à gauche, difficile de faire un plan avec ça. En deux temps trois mouvements elle est dans la nasse, l'oeil de busard de David à su suivre une
belle dorade qui dépasse largement le kilo dans les méandres des eaux quasi noires. Pour moi la pêche est faite je ne vais pas tarder à rentrer. Juste après mon départ en trombe, car là du coup il
ne me reste que trois heures de sommeil, mon ami reprendra une nouvelle blanquette, enfin blanquette, si on veut. La veille au même endroit le décor n'avait pas trop changé de ce soir, pas de vent,
l'air est doux, propice pour pêcher. Le problème de pêcher seul c'est de mettre le poisson sur la roche car selon la taille c'est pas possible. Il en a fait largement les frais car de temps en
temps une belle qui dépasse les deux kilos vient se prendre et là c'est pas du gâteau...elle te boulègues les bras ! Notre ami à bien essaye de la fatiguer un bon quart d'heure mais a force de
frotter sur les dents, le fil a cassé à deux mètres du bord !!!! c'est quitte ou double parfois on y arrive et ce soir c'est elle qui gagne.
En remontant le temps plus tôt dans la soirée les dorades sont sur son poste, calé ou au toc elles mangent. L'oeil vif d'espoirs David renoue sans cesse avec une intense passion de pêcher, pas
détails laissés au hasard, tout est préparé au poil. Quand cela arrive, c'est qu'il y a des conditions optimales, il ne faut pas moins de 100 crabes car même si il en reste un peu en fin de
nuit vous en manquerez à moins. Pas de vent depuis plusieurs jours, l'air est chaud et personne n'est venu à cet endroit recemment. En gros c'est ces conditions ce soir, vous voyez l'embrouille !
Notre ami n'est pas venu pour rien car ce soir là dans l'eau les dorades ne sont pas des copines entre elles, une fois de plus l'instinct (l'appel du ventre) est plus fort que tout, un crabe qui
tombe dans l'eau ou calé au fond va être pulvérisé en un rien de temps. Aussi David s'amuse comme un fou et comme prévu dans ces conditions il commence à prendre du beau poisson. Il en fera sept
dans toute la nuit et comme dit plus haut, une grosse qui va se décrocher au bord au levé du jour. Sans l'aide de la frontale car le jour est assez levé, les affaires sont remises en place, notre
ami puise dans ces dernières forces pour ne pas tout bourrer dans le sac et se casser en rampant, le sac est lourd, les paupières se fermentpar intermitence, tantôt un oeil, tantôt l'autre oeil, si
les deux se ferment en même temps ce sera impossible de les réouvrirs. Le retour sera plein d'images prises dans le disque dur cérébral, il faudra inventer une imprimante pour cerveau...
Jeudi 3 septembre 2009
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15:07
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Publié dans : Poissons
Par Roland.
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