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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:07

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Il y a bien longtemps de cela j'étais un petit garçon pleins de rêves, assez grand pour mon âge et bien chevelu grâce à ma mère qui aimait les cheveux longs chez ses petits, j'arborais un faciès jovial où mes yeux vert grands ouverts notaient mon entourage. Mon esprit d'enfant se nourrissait de tout ce qui pouvait représenter une aventure, un recoin sombre, une route tortueuse qui s'enfonce dans l'épais maquis, faisait naître en moi une source de questions qui ne pouvaient pas rester longtemps sans réponse. Mes minces jambes alors agiles me faisaient grimper en haut des collines en quelques bonds et pour voir le monde d'en haut j'étais prêt à tout. Quelles furent mes première impressions quand accroché aux mains robustes de mon père je me suis trouvé dominant les calanques de Sormiou et ses criques turquoises, ce fût une révélation qui allait sans que je m'en doute guider la vie que je mène aujourd'hui. D'une main agile dans l'espace et l'esprit ayant réponse à toutes mes questions d'enfant, mon père en bon chasseur de nouvelles sensations m'entraînait dans lieux impossible à trouver pour le chaland indécis. Il nous fallait monter des collines, puis les dévaler par la pente Nord, puis recourir à une bonne dose d'inconscience pour revoir un semblant de chemin qui renaissait comme par miracle plus loin entre les  grosses touffes de romarin. A cette époque il n'y avait guère de monde qui osait s'aventurer ici, d'ailleurs nul besoin de venir pêcher si loin pour trouver du beau poisson, il suffisait de se rendre sur la plage de borelly ou la plage de la reine à Cassis pour y sortir de gros marbrés à la demi dure. Non ce que cherchait mon père c'était l'aventure, le sens profond de la vie sur terre, tout avait une valeur sentimentale et rien ne devait être abordé machinalement. Il me parlait souvent de la guerre, des restrictions, ponctué de longs silences...

A cette époque les homme essayaient de trouver des ressources dans tout ce qui causait un problème car tout était à faire au fond, on peut imaginer sans peine toute la complexité qu'avait un homme qui n'était pas très fortuné de trouver à bon prix du matériel correct. Il n'y avait pas l'ombre d'une étincelle de carbone dans quoique ce soit, seul la fibre pleine faisait la confiance d'un pêcheur amateur, mais même ça, il fallait le prévoir au budget familial sans parler du remplacement d'un moulinet car là, c'était à coup sûr des disputes au sommet. Donc il fallait réparer, trouver le moyen de pêcher sans réveiller le feu latent qui dort dans notre foyer Aubagnais.

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La première fois que j'ai vu Port Pin c'est un matin en été fin Juillet, l'ambiance exaltante des cigales qui monopolisent l'air ambiant anime un sentiment de bien être dans mon esprit d'enfant. Le grincement du hayon de la malle derrière moi, les quelques pauvres affaires de pêche dans une musette de l'armée qu'il va mettre en bandoulière, une petite bourriche rouillée, un mouchoir plié au quatre coins que mon père se pose sur le crâne pour se protéger un peu du soleil et nous voilà en marche dans la poussière de la carrière encore en activité.

Pour lancer un peu le débat mon père me lança:

- " Il paraît que cette carrière va fermer fils " 

-" Mais y font quoi au juste ici papa ?" Lui répondis-je aussitôt.

- " Ici ils font des granulats, des piles de lavabo comme dans la cuisine de ta grand mère tu sais ? et puis ils font des parements pour les façades des maisons des riches aussi. "

- " Ha bon il faut être riche pour mettre des pierre sur les murs de sa maison, les animaux y mangent des pierres ?

- " Bon fiston, les granulats c'est pour les routes....je t'expliquerais plus tard, au fait nous allons aller pêcher au bagne de Cassis, allé grouille toi filsss ! ".

- " Au bagne comme Aubagne ? lui lançais-je en retard,

- Bon écoute fait attention car ils vont peut être faire un tir dans pas longtemps et nous risquons d'être bloqué un moment alors on ne traîne pas, alléééé  au fan de chichourle Roland mais laisse ces cailloux !!!!

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Nos espadrilles ( des catalanes à lacets)de marche ont bien du mal à isoler mes pieds des roches pointues, mais à force que l'on avance c'est un peu plus plat et ça va mieux. Mon père chantonne le dernier succès de Carlos sue le chemin et de glissades en explications techniques nous arrivons enfin sur une grande plate forme qui nous servira de terrain de jeu. Du bout du doigt mon père m'annonce fièrement que nous sommes arrivés enfin sur notre lieux de pêche, terres promises de mon enfance éblouissants de tant de recoins magiques, de soleil écrasant et de la mer aussi lisse qu'une toile cirée bleu foncée renferme tout ses secrets. Dans un souci de partage il me tend mon premier moulinet qui a déjà bien servi et qui n'a jamais connu la mer, c'est un Mitchell de rivière au palmarès important, garni d'une cinquantaine de mètre de fil blanc et aux performances suffisante pour un gosse de sept ans. De cette musette magique que j'examine attentivement, sort une boite en fer à fleurs rouge et orange avec dedans quelques plombs olives de trente et quarante grammes et palangrotte du même gabarit, trois pochettes d'hameçons montés neufs en 14, 10 et 6 pour les gros poissons, deux boites de demi dures, un chiffon blanc et une bouteille en verre pleine d'eau déjà presque à température ambiante, une boite de galettes pur beurre...que du bonheur.

En quelques instants ma canne est montée, il s'éponge le front avec le dos de la main et les petits verts bien frétillants dans la boite vont tour à tour par petits bouts se retrouver sur un crochet. A peine le plomb touche t'il le fond qu'il faut remonter car à la descente l'appât est englouti net, une girelle royale étincelante de mille feu remonte à la surface, mes yeux pétillent, l'histoire de ma carrière de pêcheur est en marche...Suivi d'un roucaou énorme qui a eu bien du mal à rentrer dans la petite fente de la bourriche, les prises s'enchaînent jusqu'en fin d'après midi.

Ici il y a de tout, des sars ,des girelles ,des labres, des bogues, tous mordent avec fougue, d'ailleurs en quelques heures le filet en maille de fer est bien rempli. Moi, cela fait déjà un bon moment que je ne pêche plus car j'ai perdu six plombs et six hameçons et mon père n'a plus de quoi lester ma ligne mais qu'importe, j'ai des bâtons, des cailloux et des cachettes par centaines pour moi l'aventure continue. Lui il est là assis un peu plus loin sur un banc naturel à côté de sa grande canne à pêche face au Cap Canaille, le bras sur une de ses jambes repliée, les yeux plissés à cause de la luminosité qui baisse un peu finissant les quelques galettes émiettées au fond de la boite.

Et puis c'est l'heure de rentrer car la route est longue pour arriver à la maison, les sentiers de rocailles qui remonte fermement la pente nous éloignent rapidement de la mer. Je n'entends plus le bruit du mince clapotis de l'eau qui s'était habillée de soie, il me reste un bout d'horizon qui se dessine entre les innombrables pins torturés par le vent. Dans quelques instants je serais assis derrière mon père dans sa nouvelle voiture blanche à transpirer sur les sièges en plastique rouge et à regarder à travers la grande vitre du passager un monde maritime qui s'éloigne lentement.

 

 

Les années ont passées et je suis devenu assez grand pour aller pêcher seul en moto. Mon papa a terminé sa grande aventure et n'a plus tellement envie de pêcher, il vient avec moi de temps en temps pour voir un peu la mer, s'asseoir un peu et contempler le large où il a tant de souvenir de jeunesse. Mais il rentrer bien vite se réfugier dans un autre monde, un monde où la folie avance lentement mais ne fait pas marche arrière, une folie qui englouti la vie d'un homme jusqu' à ce qu'il ne souvienne plus de rien.

Ce soir je retourne dans mes calanques de Cassis, j'ai à peu près l'age de mon père à cette même époque où nous partions lui et moi écumer les abords des roches de mon enfance. Je me revoit sur ce parking tout minot à jouer à la marelle avec les ombres des pins gigantesques, à courir derrière les sauterelles aux ailes de couleurs qui abondent ici et suivre de loin les discours scientifiques de mon aîné moralisateur.

Rien n'a trop bougé, les sentiers se sont un peu plus creusés par les millions de touristes passés depuis, les roches sont un peu plus lisses mais la mer est restée exactement la même, les odeurs de garrigue sont toujours aussi fortes et quelques pins ont même bien grandi. Je poursuit lentement ma route pour arriver au même poste que dans mon enfance, les choses par contre ont bien changé en ce qui concerne mon matériel, ici, pas de pêche au hasard car je suis venu chercher quelques calmars en ce mois de septembre. Il y a beaucoup de vent de Nord qui balaye férocement les cimes des arbres en peine, la nature bouge comme si elle était soudainement en vie. Je déballe mes affaires et mon nouveau salabre qui va de justesse rester avec moi pris dans une bourrasque de vent...Un bruit de fracas sur l'eau, des tourbillons d'écumes jaillissent de toute part à quelques dizaines de mètres des roches, des thons chassent et sautent hors de l'eau, les orphies mêlées aux maquereaux fusent dans tout les sens pour échapper au massacre, voilà un spectacle bien réjouissant que l'on ne se lasse pas de voir...

Là du coup je suis un peu dans le doute, autant de prédateurs d'un coup ça fait beaucoup, je me demande si j'ai eu une bonne idée de venir ici ce soir car malgré toute la férocité de mes céphalopodes préférés ils ne feront pas le poids face à une armée de pélagiques affamés. Bon, enfin j'ai des sardines bien fraîches, dès que la nuit tombe je vais prospecter le coin pour essayer de voir si quelques rescapés sont présent. Un bouchon lumineux qui va me permettre de placer mon appâts à mi hauteur, une autre calée sans plomb au fond et au leurre pour le fun, c'est parti !

Vers onze heures c'est le départ au bouchon, il coule d'un bloc et je ne voit plus sa lumière pourtant puissante, je récupère la large bannière creusée par le vent pour entrer en contact avec ma proie. Pas facile car j'ai prévu large en fil mais je peut sentir par moment un client au bout, il ne faut pas le brusquer, tout en douceur, lentement il va monter et me faire voir ses tentacules. La canne se plie d'un coup et m'embraque sur le droite à toute vitesse, wouhaouuuu, c'est tout ce que tu veux mais c'est pas un calmar ça !!!!

Effectivement un gros saurel c'est embroché sur les hameçons en inox de la calamarette en voulant manger la sardine et vu qu'il est bien planté il ne se décrochera pas tout seul, je dois l'aider un peu...

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Allé petit, la photo et retourne à l'eau. Pendant que je me marre de repenser à tout ça, un calmar est venu ( très) discrètement s'emparer de la sardine posée au fond. L'écureuil monte au millimètre...il retombe doucement, je m'empare de la canne et commence une longue remontée vers la surface pour ne pas le perdre mais vu comment le bougre tire sur la ligne il doit avoir la taille d'une saucisse de Francfort.

CALMARVoilà c'est fait j'ai pris un calmar par contre je ne vais pas le relâcher malgré qu'il doit avoisiner les deux cent grammes.

Je lève la tête, les étoiles brillent comme des torches dans le ciel, je ne me souvient pas d'avoir vécu cela avec mon père dans les calanques, je me roule un dernière cigarette pour me poser un peu, de regarder tout ce qui m'entoure pour m'en souvenir un jour. A ce moment la lune sort de derrière les montagnes et vint éclairer toute la surface de l'eau calme...un léger sourire en mémoire...ainsi va la vie des hommes...

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Construit et imaginé par RORO, GREG, MARCO, GEGE. - dans calmar
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  • : Daurades, Sars, Pageots, Loup, calmars, seiches. Surfcasting, calanques de Marseille. Cuisine. Respect de la nature.
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  • : C'est l'histoire d'une poignée de gars qui rôdent les sentiers des calanques de Marseille, avec son lot de réussite, de déception face aux filets de pêcheurs, de la saleté laissé sans vergogne. Ici on montre tout et on vous dit tout !
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  • Quand la nuit tombe nos esprits s'éveillent, qu'importe le temps  ou les saisons il n'y a pas de poissons à l'abri de nos cannes à pêche...  Aventures de pieds nickelés garanti...
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